Mis à jour avril 2026 — Sébastien Merlet, Ostéopathe D.O.
- Points clés à retenir
- Quelles sont les étapes du cycle succion-déglutition chez le nourrisson ?
- Comment l'innervation crânienne organise-t-elle la succion du nourrisson ?
- Quels muscles et réflexes coordonnent la succion physiologique ?
- Pourquoi la respiration nasale est-elle indispensable à une tétée efficace ?
- La succion du nourrisson a d'autres fonctions tout aussi importantes
- Succion nutritive vs non-nutritive : faut-il éviter la tétine ?
- FAQ — Succion du nourrisson : questions fréquentes
- Bibliographie
Points clés à retenir
- La succion du nourrisson est un réflexe bulbaire présent dès la 10e semaine de vie in utero, mobilisant 31 muscles, 6 paires de nerfs crâniens et 3 nerfs cervicaux.
- Le cycle succion-déglutition-respiration repose sur 3 temps précis : buccal, pharyngé, œsophagien — chaque dysfonction d’un temps a des répercussions systémiques.
- 5 nerfs crâniens clés (V, VII, IX, X, XII) coordonnent l’innervation de la langue et du pharynx : une compression au niveau des foramens crânio-cervicaux peut suffire à désorganiser la succion.
- La succion non-nutritive (tétine) joue un rôle physiologique réel dans la détente dure-mérienne et le développement maxillo-facial — elle n’est pas à culpabiliser avant 2-3 ans.
- Drapeaux rouges : douleur/pleurs à la déglutition, fausses routes répétées, apnées liées à la tétée → orientation médicale urgente.
Le besoin de succion du nourrisson est la clé qui mène à l’alimentation et il nécessite de combiner les capacités de respiration, succion et déglutition. Il passe donc par plusieurs étapes :
- Un temps buccal.
- Un temps pharyngé.
- Un temps œsophagien.
Quelles sont les étapes du cycle succion-déglutition chez le nourrisson ?
Le comportement de la séquence « succion-déglutition » constitue l’acte nutritionnel du nourrisson. Il s’agit d’un comportement réflexe dont le centre de commande est bulbaire et qui est présent dès la dixième semaine de vie in utero (Abadie V. & al., 2002).
- Le temps buccal : la succion du nourrisson est caractérisée par la création d’un vide intrabuccal permettant d’aspirer le lait. La création de ce vide est assurée par plusieurs mécanismes : l’étanchéité au niveau des lèvres est assurée par la forte contraction de l’orbiculaire des lèvres et des muscles de la houppe du menton ; l’isthme buccopharyngé est fermé grâce à la contraction du voile sur le dos de la langue ; la langue alterne des mouvements de protraction (muscle génioglosse) et des mouvements de rétropulsion (muscle hyoglosse). La langue se place à la face inférieure du mamelon ou de la tétine, comprime celui-ci, puis recule en se creusant en forme de gouttière ; le vide intrabuccal créé par la rétropulsion linguale est encore accentué par l’abaissement de la mandibule. Le liquide accumulé remplit un « réservoir » postérieur formé par le voile apposé sur la langue ou sur l’épiglotte. La possibilité de têter et de respirer en même temps est partiellement vraie : pendant les mouvements de succion, le nourrisson peut continuer à respirer si sa respiration nasale est bonne. En cas d’inspiration buccale, cette phase « succion-déglutition » lui pose problème.
- Le temps pharyngé : il succède en moyenne à deux ou trois mouvements de succion. Il est déclenché par la stimulation des zones réflexes par le bol lacté. Ce temps comporte l’occlusion vélopharyngée, l’occlusion laryngée et le péristaltisme pharyngé. Il diffère de l’adulte par plusieurs points : la déglutition se déroule avec les arcades séparées (interposition linguale) ; l’os hyoïde et le larynx sont déjà relativement hauts et leur position n’a pas besoin d’être stabilisée par la contraction des muscles masticateurs ; l’onde péristaltique pharyngée est plus marquée.
- Le temps œsophagien : il ne semble pas fondamentalement différent de l’adulte. Le rythme des déglutitions pharyngées est bien supérieur à celui de l’adulte. Après une série de déglutitions pharyngées, la contraction déclenche une onde péristaltique qui vide l’œsophage de son contenu. Une dysfonction à ce niveau peut favoriser les régurgitations du bébé.
- Évolution du comportement de succion-déglutition vers la déglutition adulte : cette évolution débute vers l’âge de 6 mois et se poursuit jusqu’à 36 mois. La maturation du système nerveux central permet de développer le contrôle volontaire de la phase buccale. Parallèlement, des modifications anatomiques se produisent : l’éruption des dents, l’agrandissement de la cavité buccale et du pharynx permettent de diversifier les aliments. La persistance d’une position basse de la langue au repos et d’une déglutition infantile chez le grand enfant est un facteur favorisant les dysmorphoses maxillofaciales.
Drapeau rouge : consulter un médecin en cas de suspicion d’atteinte du temps pharyngé : douleur ou pleurs à la déglutition, fausses routes répétées.
Comment l’innervation crânienne organise-t-elle la succion du nourrisson ?
L’innervation de la langue est à la fois sensitive, sensorielle, gustative et motrice. Cinq paires de nerfs crâniens jouent un rôle fondamental dans la coordination succion-déglutition-respiration :
1.1 Le nerf trijumeau (V)
Le nerf trijumeau (5e paire de nerfs crâniens) se termine par trois branches : le V1 (nerf ophtalmique), le V2 (nerf maxillaire) et le V3 (nerf mandibulaire). Il véhicule la sensibilité extéroceptive des sinus, des dents, de la cavité orale et de la langue. Le V1 traverse le sphénoïde (fente sphénoïdale), le V2 (foramen grand rond), le V3 (foramen ovale). Il permet de soulever le voile palatin pour créer la dépression intrabuccale. Le nourrisson a besoin d’une stimulation au niveau du palais dur, qui peut être entravée par une dysfonction sur la branche maxillaire.
1.2 Le nerf facial (VII)
En sortant du foramen stylo-mastoïdien, le nerf facial se termine au niveau de la parotide en deux branches (cervico-faciale et temporo-faciale). Sa fonction motrice comprend le contrôle de la mimique (muscles peauciers de la face) et, au niveau lingual, la contraction des muscles palato-glosse et stylo-glosse via le rameau lingual (anse de Haller). Une dysfonction de l’os temporal ou du foramen stylo-mastoïdien peut compromettre cette coordination.
1.3 Le nerf glossopharyngien (IX)
Lors de son trajet dans le foramen jugulaire (en compagnie du nerf vague X), il contribue au mouvement du pharynx et du voile du palais, dirige la déglutition et contrôle la fonction respiratoire lors de la coordination succion-déglutition-respiration avec le nerf trijumeau. Il assure le réflexe nauséeux — protection naturelle contre les fausses routes.
1.4 Le nerf vague (X)
Le nerf vague traverse le foramen jugulaire, l’espace latéro-pharyngien, le thorax, pour se terminer au niveau du plexus cœliaque. Son rameau interne (nerf laryngé supérieur) contribue à l’innervation de la muqueuse du larynx, de l’épiglotte, des cordes vocales et du dos de la langue. Il possède également une fonction neurovégétative et motrice essentielle dans le temps pharyngien de la déglutition grâce à l’innervation des muscles constricteurs du pharynx. Les tensions du nourrisson, fréquemment associées à des coliques du nourrisson, peuvent impliquer une irritation vagale.
1.5 Le nerf hypoglosse (XII)
Exclusivement moteur, le nerf hypoglosse (12e paire) innerve tous les muscles de la langue à l’exception des muscles palato-glosses et stylo-glosses. Il chemine dans la fosse crânienne postérieure, traverse le canal homonyme, passe dans l’espace latéro-pharyngien, puis dans la région rétro-stylienne avant de se terminer dans le trigone submandibulaire. Libérer les points de passage ou de compression au niveau de la partie postérieure du crâne (foramen stylo-mastoïdien, foramen jugulaire, canal du nerf hypoglosse) et de la première cervicale est une étape clé dans le bilan palpatoire du nourrisson en difficulté de succion.
Quels muscles et réflexes coordonnent la succion physiologique ?
La succion physiologique mobilise l’aspiration, la déglutition et la respiration, impliquant pas moins de 31 muscles, 6 des 12 paires de nerfs crâniens et 3 nerfs cervicaux (Marchand V., 1998, Medela VELB).
L’isthme buccopharyngé est fermé grâce à la contraction du voile sur le dos de la langue. La langue alterne protraction (muscle génioglosse) et rétropulsion (muscle hyoglosse), créant une ventouse pour aspirer et éjecter le lait. Le vide intrabuccal est encore accentué par l’abaissement de la mandibule. Le transfert du lait de la bouche vers le pharynx doit se faire pendant une période d’inhibition transitoire de la respiration — mécanisme réflexe protecteur contre les fausses routes.
Pour un bébé nourri au biberon, le flux du lait est plus rapide qu’au sein. Il est alors obligé de positionner sa langue en mouvement de piston, ce qui ne nécessite pas une fermeture labiale hermétique et peut favoriser l’entrée d’air (coliques). Le muscle buccinateur stabilise le sein (ou le biberon) dans la bouche, pressant les joues pour créer un bourrelet de succion. Les muscles orbiculaires des lèvres assurent l’occlusion et l’étanchéité labiale — indispensables à l’efficacité de l’aspiration. Pour approfondir les liens entre succion et déglutition du nourrisson, voir l’article dédié à la déglutition.
Pourquoi la respiration nasale est-elle indispensable à une tétée efficace ?
L’enfant doit pouvoir, à la fois, téter et respirer. S’il respire par la bouche, il sera obligé d’alterner l’aspiration du lait et la respiration de manière saccadée — exigeant et fatiguant. L’os nasal a une articulation avec l’os frontal en haut, l’os ethmoïde en arrière et l’os maxillaire sur les côtés. Travailler sa mobilité, et favoriser le passage de l’air à l’inspiration en aidant le muscle releveur naso-labial, fait partie du bilan ostéopathique du nourrisson en difficulté de succion.
Le transfert du lait de la bouche vers le pharynx doit se faire pendant une période d’inhibition transitoire de la respiration. En fermant les voies aériennes supérieures de façon réflexe, on permet l’avancée du lait sans fausse route vers les poumons. Les tensions et pleurs du nourrisson peuvent être le signe clinique d’une difficulté respiratoire nasale sous-jacente interférant avec la tétée.
La succion du nourrisson a d’autres fonctions tout aussi importantes
Elle permet à l’enfant :
- De détendre sa dure-mère : par ses relations avec la faux du cerveau (insertion sur la crista galli de l’os ethmoïde), la succion permet de calmer les tensions du système nerveux central. Elle explique les succions parfois compulsives qui soulagent une tension et favorisent l’endormissement.
- De développer ses maxillaires et les muscles de la face : les bébés naissent souvent avec une rétrognathie. La pression exercée par la langue durant toute la déglutition sur les arcades dentaires a une influence majeure sur le développement du maxillaire et de la mandibule. La succion au sein permet une propulsion mandibulaire et un alignement des deux mâchoires. Le travail de la langue sculpte également le palais et contribue au développement des sinus. Les études sur les freins de langue et leurs impacts sur la plagiocéphalie du bébé et la posture crânienne confirment l’importance de la mobilité linguale complète.
- De soulager les reflux : la langue joue un rôle majeur dans le contrôle de la région pharyngienne. Sa mobilité complète est nécessaire pour limiter le retour du contenu gastrique. Des études sur les freins de langue documentent l’impact direct sur les régurgitations (Geddes DT. & al., 2008, Pediatrics).
Succion nutritive vs non-nutritive : faut-il éviter la tétine ?
Ne pas culpabiliser en proposant une tétine à votre enfant. La succion du nourrisson est un acte important et même nécessaire à la détente dure-mérienne. Choisissez un modèle proche de la physiologie de tétée pour que le réapprentissage reste efficace.
Il est beaucoup plus facile d’enlever une tétine à 2-3 ans qu’un doigt. Un enfant qui tête son doigt le fait plus souvent, plus longtemps, avec des conséquences plus néfastes sur le développement dentaire. Il faudra progressivement déshabituer l’enfant de sa tétine en surveillant la croissance dentaire, pour contribuer à la fonction élémentaire suivante : la mastication.
À l’apparition de la denture temporaire, la mastication apparaît, la dynamique de la langue s’inverse, l’orbiculaire perd son rôle de joint puissant. Dès l’apparition de la 1re molaire permanente vers 6 ans, un contact dentaire apparaît pendant la déglutition. La denture permanente permet la mise en fonction des incisives et canines, ainsi que la descente de l’os hyoïde. La déglutition devient alors « mature » : lèvres jointes mais non contractées, arcades serrées en occlusion, pointe de la langue sur la muqueuse palatine antérieure, langue contenue par les arcades.
Pour toute prise en charge ostéopathique des troubles de succion du nourrisson, voir nos formations en ostéopathie pédiatrique — module dédié aux 12 principales problématiques de la petite enfance.
FAQ — Succion du nourrisson : questions fréquentes
Quand s’inquiéter d’une difficulté de succion chez le nourrisson ?
Les drapeaux rouges cliniques qui nécessitent une orientation médicale urgente sont : douleur ou pleurs à la déglutition, fausses routes répétées (toux ou étouffement pendant la tétée), apnées liées à la tétée, prise de poids insuffisante malgré une tétée longue, cyanose péribuccale pendant la tétée. En l’absence de ces signes, une difficulté de succion (tétée laborieuse, fatigue rapide, aérophagie) peut relever d’un bilan ostéopathique ciblé.
Quel est le rôle du frein de langue dans la succion du nourrisson ?
Un frein de langue court (ankyloglossie) limite les mouvements de protraction et de rétropulsion de la langue, compromettant la création du vide intrabuccal et l’étanchéité labiale. Des études récentes (Geddes DT. & al., 2008, Pediatrics ; Yoon AJ. & al., 2017, JPGN) documentent l’impact sur les difficultés d’allaitement, les douleurs maternelles et les régurgitations. L’évaluation du frein de langue fait partie du bilan palpatoire systématique du nourrisson en difficulté de succion.
La coordination succion-déglutition-respiration peut-elle être travaillée ostéopathiquement ?
Oui. L’approche ostéopathique du nourrisson en difficulté de succion cible les compressions des foramens crânio-cervicaux (foramen jugulaire, canal hypoglosse, foramen stylo-mastoïdien) pouvant entraver les nerfs IX, X et XII, ainsi que les dysfonctions de la première cervicale et du temporal. La revue de littérature de Cerritelli F. & al. (2018, Complement Ther Med) suggère un effet positif de l’ostéopathie sur les troubles fonctionnels du nourrisson, dont les difficultés d’alimentation.
À partir de quel âge la succion du nourrisson évolue-t-elle vers la déglutition adulte ?
L’évolution débute vers 6 mois et se poursuit jusqu’à 36 mois. Elle est liée à la maturation du SNC et à l’éruption des dents. La persistance d’une déglutition infantile (déglutition dysfonctionnelle) chez le grand enfant est un facteur de risque de dysmorphose maxillofaciale et doit être signalée à un orthodontiste pédiatrique.
Comment distinguer succion nutritive et non-nutritive chez le nourrisson ?
La succion nutritive (au sein ou au biberon) implique un cycle complet succion-déglutition-respiration avec production de vide intrabuccal actif. La succion non-nutritive (tétine, doigt) produit un rythme plus rapide, sans déglutition de bol lacté, avec une action prédominante sur la détente dure-mérienne. Les deux formes sont physiologiques et complémentaires dans le développement sensorimoteur du nourrisson.
Pour connaître les exercices ostéopathiques associés à la prise en charge de la succion du nourrisson, consultez le module dédié dans la formation en ostéopathie pédiatrique — 12 principales problématiques de la petite enfance, dont la succion, la déglutition, les coliques et la plagiocéphalie du bébé.
Bibliographie
- Abadie V., Couly G. (2002). Les sens cachés de l’oralité du fœtus et de l’enfant. Médecine et Science.
- Marchand V., VELB (1998). La science de la succion chez le nourrisson. Medela.
- Newman J., Pitman T. (2006). L’allaitement, comprendre et réussir. Jack Newman Communications.
- Geddes DT. & al. (2008). Frenulotomy for breastfeeding infants with ankyloglossia. Pediatrics, 122(1).
- Cerritelli F. & al. (2018). Effect of osteopathic manipulative treatment on length of stay in a population of preterm infants. Complement Ther Med, 37:1-7.
- Schünke M. & al. Atlas d’anatomie Prométhée — tête et neuro-anatomie. Édition Maloine.
- Sherwood L. Physiologie humaine. 2e édition. De Boeck/Sully.
Sébastien Merlet — Ostéopathe D.O.
Formateur certifié Qualiopi, 25 ans d’expérience clinique, 10 ans de recherche en ostéopathie pédiatrique. Spécialiste des troubles fonctionnels du nourrisson (succion, déglutition, coliques, plagiocéphalie, torticolis).
En savoir plus sur Sébastien Merlet

25 ans de pratique clinique en ostéopathie, dont 10 ans de recherche spécialisée en ostéopathie pédiatrique. Formateur certifié Qualiopi. Fondateur de Baby Santé Formations, organisme de formation continue dédié aux professionnels de santé exerçant auprès des nourrissons et de la petite enfance (ostéopathes, sages-femmes, kinésithérapeutes pédiatriques, puéricultrices).









