La plagiocéphalie, voici les 6 points à connaître

Voici un article scientifique sur la plagiocéphalie du bébé et ses 6 points importants à savoir
Plagiocéphalie du nourrisson — déformation crânienne positionnelle vue supérieure
plagiocéphalie bébé

Mis à jour mai 2026

La plagiocéphalie est caractérisée par un aplatissement unilatéral de la région pariéto-occipitale. Il existe d’autres déformations crâniennes — brachycéphalie, dolichocéphalie — abordées dans cet exposé. La prévalence estimée atteint 46 % selon une étude publiée dans Pediatrics par Mawji et al. (2013), ce qui en fait l’une des présentations pédiatriques les plus fréquentes en pratique ostéopathique et en kinésithérapie.

Points clés à retenir

  • Prévalence élevée : 46 % des nourrissons de 2 mois présentent une plagiocéphalie positionnelle (Mawji et al., Pediatrics, 2013). L’incidence décroît à 6,8 % à 12 mois sans intervention spécifique.
  • Mécanisme ostéogénique : Une compression sur un noyau d’ossification ou une suture pendant la vie intra-utérine ou l’accouchement crée une zone de moindre mobilité qui dévie la croissance crânienne lors des poussées ultérieures.
  • Diagnostic différentiel critique : Distinguer la plagiocéphalie positionnelle (non synostosique, traitement conservateur) de la craniosynostose (synostosique, incidence 1/2 500, chirurgicale) conditionne toute la prise en charge.
  • Fenêtre thérapeutique : L’intervention ostéopathique avant 6 mois obtient les meilleurs résultats — une étude de Lessard, Thiffault et Trottier (Journal d’ostéopathie) rapporte une réduction de l’asymétrie moyenne de 10,1 mm à 6,0 mm après traitement, résultats comparables à l’orthèse crânienne.
  • Consensus HAS/CNPP : La Haute Autorité de Santé et le Conseil National Professionnel de Pédiatrie recommandent le décubitus dorsal (prévention de la mort inattendue du nourrisson) couplé à une alternance des positions d’éveil pour prévenir la plagiocéphalie positionnelle.

1. Anatomie du crâne : bases ostéogéniques pour comprendre la plagiocéphalie

L’ossification des os du crâne peut être d’origine membraneuse (tissu conjonctif) ou d’origine cartilagineuse. Dans le cas de l’occiput, qui nous intéresse particulièrement, son origine est double :

A — la partie supérieure de l’occiput est d’origine membraneuse (entoure le cerveau)

B — la partie inférieure (basiocciput) est d’origine cartilagineuse (supporte le cerveau).

L’ossification ne se fait donc pas de la même manière.

A — La partie supérieure de l’écaille de l’occiput

Trois tissus constituent la partie supérieure de l’écaille de l’occiput (voûte) :

  1. le tube neural ;
  2. l’ectoderme de surface ;
  3. la dure mère.
  1. Des études menées sur le tube neural ont permis de déterminer qu’une anomalie du développement du cerveau conduit à un développement anormal secondaire du crâne.
  2. L’ectoderme de surface permet de créer des cellules osseuses.
  3. La dure mère maintient la suture crânienne.

L’interaction de ces trois tissus permet le développement osseux. Les cellules mésenchymateuses du tissu conjonctif forment progressivement le tissu osseux en se transformant en ostéoblastes. Elles constituent alors une matrice — le noyau d’ossification. L’os grandit et se forme en trois structures :

  • une table interne ;
  • le diploé ;
  • la table externe.

Le tissu superficiel devient le tissu périosté externe, tandis que le tissu périosté interne se confond avec la dure mère.

À partir du 6ème mois de gestation, les plaques osseuses sont constituées et viennent au contact les unes des autres, séparées seulement par les sutures. C’est à ce niveau que l’activité ostéoblastique est la plus importante. Ces cellules produisent la matrice en repoussant les ostéoblastes (qui deviennent ostéocytes) vers la plaque osseuse déjà formée, siège de la croissance osseuse des pièces crâniennes de la voûte et des os de la face.

La croissance des os de la voûte du crâne est assurée par les sutures

Plus tard les sutures auront une orientation spécifique, avec d’un côté un os présentant une table externe, et de l’autre un os avec une table interne. Cette particularité d’orientation des tables osseuses permet au crâne de subir des compressions — accouchement, tensions intra-utérines — sans dommage réel. Ce sont parfois ces compressions qui sont à l’origine des tensions suturales observables cliniquement.

Cette compréhension ostéogénique permet de justifier la nécessité de relâcher ces tissus pour rétablir une croissance crânienne harmonieuse. La partie supérieure de l’écaille de l’occiput est le siège principal de ces compressions, et le méplat postérieur en est le témoin clinique définissant la plagiocéphalie.

Les sutures se ferment progressivement au cours de l’enfance. La première est généralement la suture métopique (entre les deux hémifrontaux) : à l’âge de 3 mois pour 33 % des nourrissons, et au plus tard à 9 mois pour l’ensemble. Les sutures sagittale, coronale et lambdoïde commencent leur fermeture entre le 22ème et le 26ème mois, pour se fermer progressivement à 3 ans. Cette chronologie conditionne directement la fenêtre thérapeutique en ostéopathie pédiatrique.

B — La partie inférieure de l’occiput (basiocciput) : ossification cartilagineuse

Elle comporte trois parties :

  • la partie inférieure de l’écaille de l’occiput ;
  • les deux parties externes ou exocciputs ;
  • la partie la plus interne, le basiocciput.

Entre la partie supérieure et la partie inférieure de l’écaille de l’occiput se trouve la ligne nuchale supérieure. Celle-ci peut servir de zone charnière lors de l’accouchement, au moment de la déflexion de la tête. Une compression à ce moment peut entraîner une dysfonction entre les deux parties de l’écaille.

Cette ligne nuchale supérieure est le siège d’insertion :

  • sur sa face interne : la tente du cervelet dans sa partie postérieure, avec le siège de la confluence des sinus en son centre ;
  • sur sa face externe : le fascia cervical postérieur.

Le relâchement de cette zone constitue la technique de base du bilan palpatoire en présence de plagiocéphalie (relâchement occipital, exercice n°1 de mon protocole).

L’ossification de la partie inférieure de l’occiput se fait progressivement par la fusion de pièces cartilagineuses préformées, présentes dès la vie fœtale. À 12 semaines et 4 jours de gestation, l’ossification commence par l’intermédiaire de cinq zones cartilagineuses :

  1. deux pour la partie inférieure de l’écaille occipitale (supra-occipital) ;
  2. deux pour chaque exocciput (exo-occipital) ;
  3. un pour le basiocciput (basi-occipital).

À la naissance, toutes les pièces de la partie inférieure de l’occiput sont ossifiées mais constituées d’un os mou et malléable, chacune séparée par une synchondrose.

Schéma anatomique des noyaux d'ossification de l'occiput chez le nourrisson — plagiocéphalie

Noyaux d’ossification de l’occiput — nourrisson

Les centres d’ossification sont donc séparés par des zones cartilagineuses nommées synchondroses. La synchondrose est une région à double polarité : la zone au contact du point d’ossification présente un aspect histologique similaire à celui des cartilages de conjugaison des os longs et favorise la croissance osseuse des deux côtés.

La synchondrose sphéno-basilaire (SSB) participe de façon très importante à la croissance de la face en hauteur comme en largeur. Les synchondroses entre les différents noyaux d’ossification du sphénoïde (corps/grande aile notamment) contribuent à la croissance en largeur de la base du crâne et, indirectement, de la face. Ces synchondroses s’ossifient progressivement — parfois à quelques mois de vie pour la synchondrose sphénoïdale, mais parfois très tardivement (jusqu’à 30 ans pour les synchondroses occipito-mastoïdiennes).


2. La plagiocéphalie du nourrisson : définition, diagnostic différentiel et formes associées

La connaissance des zones de croissance crânienne est le prérequis indispensable à tout diagnostic différentiel rigoureux en présence d’une déformation crânienne du nourrisson.

A — Cas médical non ostéopathique : la craniosynostose

Une fusion prématurée des sutures empêche la formation d’os à cet endroit — c’est le cas des craniosténoses. Les synostoses crâniennes (fusion plus ou moins complète d’une ou plusieurs sutures crâniennes), bien que relativement rares, s’accompagnent de signes cliniques particuliers au niveau de la forme de la tête et du visage.

Par exemple : un frontal triangulaire (trigonocéphalie) est associé à une synostose de la suture métopique ; un crâne très allongé, rétréci en largeur et avec un bombement frontal important (scaphocéphalie) évoque une synostose de la suture sagittale ; le signe d’arlequin caractérise une synostose unilatérale d’une suture coronale.

Craniosynostose — formes cliniques

Formes cliniques de craniosynostoses

Dans la plupart des cas, un recours à la chirurgie est nécessaire pour libérer les sutures fusionnées prématurément. Ce sont des déformations rares mais chirurgicales — les plagiocéphalies dites synostosiques. L’incidence est de 1 cas pour 2 500 naissances vivantes.

Les autres plagiocéphalies sont dites non synostosiques, c’est-à-dire que les sutures entre chaque os de la voûte sont respectées. Ce sont ces formes qui relèvent d’une prise en charge ostéopathique et/ou kinésithérapique.

B — Les différentes déformations crâniennes : plagiocéphalie et formes associées

1. Définition de la plagiocéphalie

La plagiocéphalie se décrit par une déformation crânienne caractérisée par un aplatissement unilatéral de la région pariéto-occipitale, un déplacement antérieur de l’oreille et une proéminence frontale du même côté (Siatkowski et coll., 2005). L’origine de cette asymétrie provient d’un ou de plusieurs facteurs qui contribuent à créer un mauvais alignement de certaines structures de la base et de la voûte crânienne, malgré l’absence de synostose crânienne ou de malformation osseuse initiale.

Vue supérieure du crâne d'un nourrisson avec plagiocéphalie

Vue supérieure du crâne — plagiocéphalie

Avec cette asymétrie globale du crâne, on note également une rotation préférentielle de la tête et une virgule du corps à l’opposé de la tête. L’asymétrie est donc présente à plusieurs niveaux.

Asymétrie corporelle associée à la plagiocéphalie du nourrisson

Asymétrie corporelle du nourrisson — plagiocéphalie

La prévalence de la plagiocéphalie varie selon les études. Une recherche menée en 2013 par Mawji et al. (Pediatrics) estime l’incidence des plagiocéphalies à 46 % chez les nourrissons de deux mois. Cette incidence diminue à 6,8 % à 12 mois et à 3,3 % à 24 mois, ce qui confirme le potentiel de correction spontanée lorsque les facteurs positionnels sont corrigés précocement. Cette prévalence explique également la fréquence des présentations en consultation de formation en ostéopathie pédiatrique.

2. Les autres déformations crâniennes associées

2-1 : La brachycéphalie

La brachycéphalie est une déformation du crâne caractérisée par un aplatissement global de l’arrière de la tête. La tête du nourrisson est très large et peu profonde. Elle peut être associée à une plagiocéphalie et résulte le plus souvent d’une position de sommeil exclusivement en décubitus dorsal sans alternance suffisante de la position céphalique.

Brachycéphalie — vue supérieure du crâne nourrisson

Brachycéphalie — vue supérieure

2-2 : La dolichocéphalie

La dolichocéphalie est caractérisée par un crâne long et étroit. Ce type de déformation est moins fréquent que les plagiocéphalies et les brachycéphalies. On la retrouve surtout chez les nourrissons ayant passé un temps prolongé en position de siège intra-utérin, et chez les prématurés hospitalisés en décubitus latéral prolongé.

Dolichocéphalie — vue supérieure du crâne nourrisson

Dolichocéphalie — vue supérieure

Comparaison des formes de déformations crâniennes du nourrisson

Comparatif des trois formes de déformations crâniennes


3. Comment la plagiocéphalie s’installe-t-elle chez le nourrisson ?

L’apparition de la plagiocéphalie n’est pas forcément immédiate. À la naissance, la tête du nourrisson semble parfois parfaitement ronde. On décèle seulement une préférence de rotation céphalique et corporelle d’un côté.

Les plaques osseuses crâniennes subissent des pressions, que ce soit dans l’utérus ou lors de l’accouchement. Si la pression a été suffisamment longue ou suffisamment forte, cette partie du crâne perd de sa mobilité. Nous appelons cette partie la zone de moindre mobilité.

A — Naissance de la plagiocéphalie : le point de fixation

Crâne du nourrisson — zones de croissance et noyaux d'ossification

Zones de croissance du crâne du nourrisson

Si une de ces plaques perd de sa mobilité à un endroit, cette zone de moindre mobilité devient un point de fixation — un point de rotation. À la moindre poussée de croissance du crâne, les autres plaques poussent autour de cette zone, générant progressivement l’asymétrie cliniquement visible.

Tout os vivant consiste en un réseau de tissu conjonctif calcifié, de plus ou moins grande densité selon l’âge du nourrisson. En l’absence de dysfonction somatique, cette matrice ouverte conserve une certaine flexibilité. Les os des nourrissons et des jeunes enfants présentent de multiples noyaux d’ossification joints par du tissu cartilagineux ou membraneux flexible — cible potentiel de dysfonction jusqu’à leur ossification complète.

Mécanisme de déformation crânienne dans la plagiocéphalie du nourrisson

Mécanisme de déformation — plagiocéphalie du nourrisson

B — Le rôle de la dysfonction interosseuse dans la progression de la plagiocéphalie

Une dysfonction interosseuse résulte en la perte de la flexibilité normale des fibres constituant la matrice du tissu osseux, ou des zones cartilagineuses ou membraneuses non encore ossifiées. L’ossification squelettique n’est pas complètement terminée avant 20 à 30 ans ; par principe, une dysfonction interosseuse peut survenir dans toute structure non complètement ossifiée.

Ce type de dysfonction survient le plus souvent pendant la vie intra-utérine ou pendant l’accouchement, lorsque le crâne est particulièrement vulnérable. Puis, progressivement, par le biais de la croissance, les plaques grandissent et tournent autour du point de fixation — faisant ainsi apparaître la dissymétrie crânienne. La plagiocéphalie s’installe.

Ce mécanisme explique aussi les symbioses cliniques fréquemment observées entre plagiocéphalie et le torticolis du nourrisson : la même compression cervico-crânienne peut simultanément créer une restriction de mobilité cervicodorsale et une zone de moindre mobilité occipitale.


4. Quels sont les facteurs de risque de la plagiocéphalie selon leur origine ?

L’analyse des facteurs de risque selon leur origine permet d’orienter le bilan initial et d’anticiper les présentations complexes associant plagiocéphalie et autres dysfonctions pédiatriques.

A — Grossesse

  1. Oligoamnios (diminution du liquide amniotique)
  2. Disproportion fœto-maternelle
  3. Contraintes intra-utérines, malpositions fœtales (Carreiro, 2006)
  4. Grossesse multiple
  5. Engagement précoce du bébé (Kennedy et coll., 2005)
  6. Alitement prolongé

B — Accouchement

  1. Traumatismes de naissance : forceps, ventouse (Sergueef et al., 2006)
  2. Accouchements non conventionnels et types de présentation (Carreiro, 2006)
  3. Durée de la phase de travail actif et de la poussée (Peitsch et coll., 2002)
  4. Prématurité
  5. Primiparité (Peitsch et al., 2002)

C — Origine musculo-squelettique

  1. Torticolis musculaire congénital
  2. Malformation congénitale (hémi ou fusion vertébrale) (Kennedy et coll., 2005)
  3. Fracture de clavicule
  4. Dysplasie de la hanche
  5. Pied bot
  6. Restriction de mobilité cervico-dorsale ou subluxation C1-C2 (Slates et coll., 1993)

Dans ces tableaux associés, le bilan palpatoire doit systématiquement évaluer la mobilité cervicale globale. Un torticolis non traité entretient mécaniquement la plagiocéphalie par appui répété sur le même secteur occipital. La prise en charge conjointe des les tensions et pleurs du nourrisson est souvent nécessaire dans ces présentations.

D — Origine neurologique

  1. Tonus altéré (hypo ou hypertonie)
  2. Lésion du plexus brachial (Kennedy et coll., 2005)
  3. Paralysie cérébrale
  4. Croissance anormale du périmètre crânien

E — Positionnement postnatal

  1. Position de sommeil exclusive en décubitus dorsal sans alternance
  2. Temps excessif dans siège-auto, balançoire, siège vibrant
  3. Préférences de positionnement unilatéral
  4. Temps de sommeil ventral en éveil insuffisant
  5. Succion du pouce ipsilatéral au méplat occipital

La HAS et le CNPP rappellent que le décubitus dorsal reste obligatoire pour le sommeil (prévention de la mort inattendue du nourrisson). L’alternance posturale recommandée s’applique aux périodes d’éveil. Ce point est à clarifier systématiquement avec les parents lors du bilan. Les questions relatives à la la succion du nourrisson et à la la digestion du nourrisson entrent également dans l’évaluation globale de ces nourrissons.

F — Environnemental

  1. Provenance des sources de stimulations visuelles et sonores
  2. Habitudes et dominance des parents (droitier ou gaucher)

G — Troubles sensoriels

  1. Perte d’audition unilatérale
  2. Ptose palpébrale

H — Autres facteurs

  1. Syndrome de Sandifer
  2. Abcès rétropharyngien

Dans les présentations associant plagiocéphalie et troubles digestifs (régurgitations, coliques), la prise en charge de la régurgitation du bébé fait partie intégrante du suivi ostéopathique global.


5. Comment traiter la plagiocéphalie du nourrisson : protocole et justification ostéopathique

A — L’intervention précoce : un consensus scientifique

Avant, pendant et après la naissance, le nourrisson est soumis à des forces de traction et de compression. Ces forces susceptibles de déformer le crâne peuvent être transmises dans la globalité du corps du nourrisson. Elles sont à l’origine de la plagiocéphalie, du torticolis, des compensations posturales et des altérations fonctionnelles des différents systèmes.

Un des consensus reconnus de la littérature scientifique est de valider les bénéfices d’une intervention précoce et systématique, ainsi que l’efficacité des conseils de positionnement adaptés à la condition individuelle de chaque nourrisson (Shweikeh et al., 2013, J Neurosurg Pediatr). L’ostéopathie, par son approche étiologique, recherche les causes à l’origine des dysfonctions. Ses techniques permettent un meilleur alignement des structures crâniennes et la relance des différents systèmes organiques pour favoriser le mieux-être global.

Ces pressions crâniales entraînent deux conséquences principales :

1. La zone de moindre mobilité évolue en densité osseuse

Un os du crâne de nourrisson est composé de noyaux d’ossification unis par une membrane flexible (sutures et fontanelles). Si au niveau de l’os occipital la mobilité est altérée, son développement est modifié. Les muscles et fascias insérés à ce niveau subissent une différence de tensions, déséquilibrant le rapport de force dans la symétrie.

Os occipital du nourrisson — noyaux d'ossification

Os occipital du nourrisson — noyaux d’ossification

2. La croissance osseuse : pourquoi intervenir tôt

La courbe de croissance crânienne est la plus rapide au cours des 12 premiers mois de vie. C’est pourquoi redonner de la mobilité aux différentes structures le plus rapidement possible est déterminant — non seulement par rapport à cette courbe, mais aussi par rapport au développement des chaînes myofasciales du corps du nourrisson.

Courbe de croissance osseuse du crâne du nourrisson

Courbe de croissance osseuse crânienne

3. Les techniques pour corriger la plagiocéphalie du nourrisson

L’objectif thérapeutique est de redonner de la mobilité aux structures pour rétablir l’équilibre des tensions. Plus ces techniques sont appliquées tôt et répétées, plus on permet à l’équilibre de force de se rétablir dans la symétrie.

Dans mon protocole, les techniques de relâchement n°1, 2 et 4 sont fondamentales : elles agissent simultanément sur la densité (technique n°1 — relâchement occipital), sur les chaînes myofasciales du crâne (techniques n°2 et 4). La technique n°3 assure le relâchement global des fascias du corps, et la technique n°5 harmonise le relâchement crânien global. Ces protocoles techniques font l’objet de nos formations en ostéopathie pédiatrique.

B — Libérer la mobilité : de la dysfonction à la correction de la plagiocéphalie

L’ostéopathie et la kinésithérapie sont des soins à envisager rapidement, y compris de façon préventive. La majorité des plagiocéphalies apparaissent entre la 2ème et la 3ème semaine de vie. L’objectif est de restaurer la mobilité physiologique des structures entre elles.

Des outils de mesure et d’objectivation (plagiocéphalométrie) permettent de suivre l’évolution. Leur utilisation précoce par un professionnel de santé formé est recommandée pour documenter la progression.

La plagiocéphalie disparaît très progressivement grâce aux nouvelles poussées de croissance, uniquement si la mobilité au niveau de la tête a été restaurée. Parfois, la libération de la zone de moindre mobilité est effectuée mais la déformation est encore visible. C’est un phénomène normal : il y a toujours un décalage, lié à la croissance de la structure, entre sa libération et l’apparition de la correction.


6. Le bilan clinique structuré en présence d’une plagiocéphalie du nourrisson

Quatre éléments sont à vérifier systématiquement :

A — Le périmètre crânien

Le périmètre céphalique reflète la croissance cérébrale. Il est reporté sur une courbe de croissance de référence dans le carnet de santé. Des variations de plus de deux déviations standard en dessous de la courbe peuvent indiquer une microcéphalie ; au-dessus, une macrocéphalie. Une discordance significative entre périmètre crânien et taille augmente la probabilité d’une pathologie. Un déficit de croissance du périmètre crânien oriente vers des lésions hypoxiques-ischémiques (atrophie cérébrale).

B — La fontanelle antérieure

Les os plats de la voûte crânienne augmentent leur surface de manière excentrique à partir des sutures. Les sutures entre ces os doivent rester bord à bord. Une croissance cérébrale insuffisante peut entraîner un chevauchement des sutures et une fermeture précoce des fontanelles.

La fermeture de la fontanelle antérieure avant six mois doit être considérée comme un signe pathologique nécessitant une orientation neurochirurgicale.

C — Les sutures crâniennes

Le praticien doit palper toutes les sutures (temporo-pariétale, métopique, coronale, sagittale, occipitale). Sauf dénutrition sévère ou déshydratation, un bourrelet au niveau des sutures peut indiquer une atteinte neurologique. La palpation d’un bourrelet suturale malgré une croissance normale du périmètre crânien peut évoquer une pathologie cérébrale mineure. À l’inverse, une trop grande distension des sutures peut caractériser une hydrocéphalie.

D — Craniosynostose : critères diagnostiques

Il s’agit de la fusion prématurée d’une ou plusieurs sutures crâniennes provoquant une forme anormale de la boîte crânienne. L’incidence est de 1 cas pour 2 500 naissances vivantes.

La plupart sont diagnostiquées en période postnatale :

  • soit la déformation est présente dès la naissance (parfois détectée à l’échographie anténatale) ;
  • soit elle apparaît plus tardivement au cours de la première année de vie.

Le praticien doit rester vigilant — poser le diagnostic rapidement est déterminant. La radiographie crânienne standard permet la mise en évidence de la craniosynostose. Une prise en charge chirurgicale, avec interventions séquentielles, est alors nécessaire.

La craniosynostose unilatérale de la suture coronale est la forme la plus fréquente ; celle de la lambdoïde est la plus rare. Une brachycéphalie peut être due à une craniosynostose bilatérale des coronales — vigilance donc lors du diagnostic crânien du nouveau-né.


FAQ clinique — Plagiocéphalie du nourrisson

Quelle est la différence entre une plagiocéphalie positionnelle et une craniosynostose ?

La plagiocéphalie positionnelle (non synostosique) résulte d’une pression externe sur un crâne aux sutures ouvertes. Les sutures restent perméables et la correction est possible par des moyens conservateurs. La craniosynostose est une fusion prématurée pathologique d’une ou plusieurs sutures, requérant une prise en charge neurochirurgicale. L’incidence de la craniosynostose est de 1 pour 2 500 naissances vivantes. Le diagnostic différentiel repose sur la palpation des sutures, la radiographie standard et, si nécessaire, le scanner 3D.

À quel âge la plagiocéphalie peut-elle être corrigée sans orthèse crânienne ?

Avant 6 mois, la correction par ostéopathie et repositionnement actif donne les meilleurs résultats en raison de la plasticité crânienne maximale. Lessard, Thiffault et Trottier (Journal d’ostéopathie) ont montré une réduction de l’asymétrie crânienne chez des nourrissons de moins de 6,5 mois traités par ostéopathie, avec des résultats comparables à l’orthèse. Au-delà de 8-12 mois, la fenêtre de remodelage osseux se réduit mais reste partielle jusqu’à la fermeture des sutures.

Comment réaliser le bilan palpatoire initial d’une plagiocéphalie ?

Le bilan comprend : (1) la mesure et l’interprétation du périmètre céphalique selon les courbes de référence ; (2) la palpation de toutes les sutures à la recherche d’un bourrelet ou d’une fermeture prématurée ; (3) l’état de la fontanelle antérieure (fermeture avant 6 mois = pathologique) ; (4) l’évaluation de la mobilité cervicale et la recherche d’un torticolis associé ; (5) l’observation du méplat occipital et du déplacement antérieur de l’oreille homolatérale ; (6) la recherche d’une dysfonction interosseuse occipitale. Ce bilan est central dans la formation en ostéopathie pédiatrique proposée par Baby Santé Formations.

Quel est le mécanisme biomécanique expliquant l’apparition progressive de la plagiocéphalie ?

La compression péri-natale crée une zone de moindre mobilité au niveau d’un ou plusieurs noyaux d’ossification de l’occiput. Cette zone devient un point de rotation fixe. Lors des poussées de croissance cérébrale, les plaques osseuses adjacentes se déplacent autour de ce point fixe, générant progressivement l’asymétrie cliniquement visible. L’asymétrie n’est donc pas forcément présente à la naissance — elle s’installe le plus souvent entre J14 et S6 de vie. La levée précoce de cette dysfonction interosseuse permet aux poussées de croissance suivantes de rétablir la symétrie.

Quels signes cliniques doivent orienter vers une consultation neurochirurgicale urgente ?

Plusieurs signes imposent une orientation spécialisée sans délai : fontanelle antérieure fermée avant 6 mois, bourrelet sutural avec périmètre céphalique stagnant ou régressant, signe d’arlequin (élévation unilatérale de l’orbite et du sourcil, évocatrice de synostose coronale), scaphocéphalie franche, ou asymétrie sévère accompagnée de signes d’hypertension intracrânienne (bombement fontanellaire, vomissements en jet, irritabilité majeure). La radiographie crânienne standard reste le premier examen d’imagerie à demander en cas de doute diagnostique.


7. Bibliographie

  • Physiologie Humaine, Sherwood, 2e édition. De Boeck.
  • Anatomie — L’abdomen, Bouchet (A.) et Cuilleret (J.). Anatomie topographique, descriptive et fonctionnelle.
  • Physiologie articulaire — Tronc et rachis, Kapandji (I.A.).
  • Atlas d’anatomie humaine, Netter (F.H.).
  • L’Ostéopathie dans le traitement des têtes plates ou plagiocéphalies, Lessard (S.), Thiffault (M.), Trottier (N.). Journal d’ostéopathie.
  • La plagiocéphalie mise à plat : comprendre, diagnostiquer, évaluer. L’ostéopathie magazine (novembre/décembre 2013).
  • Plagiocéphalie et torticolis chez le nouveau-né, Jean Ducourneau. Éditions Frison Roche.
  • Ostéopathie pédiatrique, Nicette Sergueff. Éditions Elsevier.
  • Muscles et fascias, Marie Faruch-Bilfeld, SIMS 2021, Sauramps médical.
  • Ostéopathie crânienne structurelle, Gilles Boudehen. Sully.
  • Mawji A et al. (2013). The incidence of positional plagiocephaly: a cohort study. Pediatrics, 132(2), 298-304. — Incidence de 46 % à 2 mois, 6,8 % à 12 mois. Facteurs de risque : sexe masculin, primiparité, torticolis congénital, décubitus dorsal exclusif, alimentation au biberon.
  • HAS / CNPP (2020). Prévention de la plagiocéphalie sans augmenter le risque de mort inattendue du nourrisson. Réaffirmation du décubitus dorsal pour le sommeil ; alternance des positions d’éveil recommandée.
  • Lessard S, Thiffault M, Trottier N. Efficacité de l’ostéopathie dans le traitement de la plagiocéphalie. Diminution de l’asymétrie moyenne de 10,1 mm à 6,0 mm après traitement chez les nourrissons de moins de 6 mois.
  • Shweikeh F et al. (2013). Positional plagiocephaly: an analysis of the literature on the effectiveness of current treatment strategies. J Neurosurg Pediatr, 12(2), 122-129. — Les traitements ostéopathiques peuvent modifier les asymétries crâniennes chez les enfants de moins de 6,5 mois, avec résultats comparables à l’orthèse crânienne.
  • Siatkowski RM et al. (2005). Visual field defects in deformational posterior plagiocephaly. J AAPOS, 9(3), 274-278.


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