L’examen neurologique du nouveau-né en ostéopathie constitue une étape fondamentale du bilan néonatal en cabinet. Cette évaluation systématique du tonus, des réflexes archaïques et de la motricité spontanée permet au praticien de distinguer les dysfonctions fonctionnelles relevant de sa compétence des pathologies neurologiques nécessitant une orientation médicale immédiate. Mis à jour juin 2026, ce guide détaille les protocoles, les outils standardisés et les critères d’alerte à maîtriser pour conduire un examen neurologique nouveau-né rigoureux en pratique libérale.
L’ostéopathe D.O. exerçant en pédiatrie reçoit des nourrissons dès les premières semaines de vie, souvent adressés pour torticolis postural, plagiocéphalie ou troubles de la succion. Avant toute approche tissulaire, un screening neurologique minimal garantit la sécurité de la prise en charge et renforce la crédibilité du praticien auprès des motifs de consultation les plus fréquents du nourrisson. Ce screening ne remplace pas l’examen neuropédiatrique spécialisé — il le complète dans un cadre fonctionnel et préventif.
En bref : selon une étude publiée par Amiel-Tison (2002), l’examen neurologique standardisé du nouveau-né détecte 85 % des anomalies modérées à sévères entre J3 et J7. Sept réflexes archaïques sont testables en moins de 10 minutes. Un angle tête-tronc supérieur à 45° au tiré-assis constitue un drapeau rouge (Dubowitz et al., 1999). L’observation des mouvements généraux de Prechtl (2001), réalisable par vidéo en 3 à 5 minutes, atteint une sensibilité de 95 % pour les lésions cérébrales. Hypertonie axiale permanente, absence bilatérale du Moro et convulsions imposent une orientation médicale dans les 24 heures.
- Pourquoi intégrer un examen neurologique dans le bilan ostéopathique néonatal ?
- Quels sont les réflexes archaïques à tester en cabinet ?
- Tonus axial et segmentaire : repères d'évaluation
- Comment identifier les drapeaux rouges neurologiques chez le nouveau-né ?
- Outils d'évaluation standardisés applicables en cabinet
- Limites de l'examen et orientation médicale
- Questions fréquentes
Pourquoi intégrer un examen neurologique dans le bilan ostéopathique néonatal ?
L’ostéopathe pédiatrique travaille dans un continuum neuro-musculo-squelettique. Le tonus musculaire du nouveau-né, la qualité de ses réflexes et la richesse de sa motricité spontanée conditionnent directement la lecture des restrictions tissulaires perçues à la palpation. Une hypertonie des extenseurs cervicaux, par exemple, peut mimer une dysfonction C0-C1 alors qu’elle traduit une souffrance neurologique périnatale nécessitant une IRM cérébrale.
Cerritelli et al. (2018) ont montré que l’examen ostéopathique systématique à J15 identifie des dysfonctions crâniennes dans 65 à 72 % des cas après accouchement instrumentalisé. L’association des deux approches — screening neurologique puis bilan tissulaire — offre une évaluation néonatale complète et sécurisée.
En 2026, les recommandations de la HAS sur le suivi médical de l’enfant (mises à jour 2020, révisées 2024) intègrent l’examen neurologique néonatal dans le parcours de santé du nourrisson. Pour l’ostéopathe, maîtriser ce screening signifie parler le même langage que le pédiatre, le neuropédiatre et la sage-femme — condition sine qua non d’une coordination interprofessionnelle efficace.
Quels sont les réflexes archaïques à tester en cabinet ?
Les réflexes archaïques (ou réflexes primitifs) sont des réponses motrices automatiques présentes dès la naissance et dont la persistance ou l’absence renseigne sur la maturation du système nerveux central. Leur évaluation systématique prend moins de 10 minutes et ne requiert aucun matériel spécifique. Le protocole de Gosselin et Amiel-Tison (2007) propose une séquence reproductible adaptable au cabinet d’ostéopathie.
Réflexe de Moro
Déclenché par une extension brusque de la nuque (tête laissée tomber de 2 à 3 cm en arrière), le Moro se manifeste par une abduction-extension des membres supérieurs suivie d’une adduction en embrassade. La réponse normale est symétrique et complète. Une asymétrie persistante oriente vers une lésion du plexus brachial (paralysie d’Erb-Duchenne) ou une fracture claviculaire non diagnostiquée. L’absence bilatérale du Moro à terme constitue un drapeau rouge neurologique majeur.
Réflexe de succion-déglutition
Testé en plaçant un doigt ganté sur le palais, ce réflexe évalue la coordination succion-déglutition-respiration. L’ostéopathe note la force de succion, le rythme (normalement 1 à 2 succions par seconde) et la présence de fuites buccales latérales. Une succion faible ou dyscoordonnée, en l’absence de frein restrictif, évoque une atteinte des nerfs crâniens V, VII, IX ou XII — information qui complète l’évaluation des condyles occipitaux et de la jonction C0-C1 réalisée lors du bilan ostéopathique pédiatrique.
Réflexe de marche automatique et d’enjambement
Le nourrisson tenu verticalement, pieds en contact avec un plan dur, déclenche une alternance de flexion-extension des membres inférieurs simulant la marche. Ce réflexe, présent dès la naissance, disparaît vers 6 à 8 semaines. Sa persistance au-delà de 3 mois justifie une évaluation neuropédiatrique. L’enjambement, où le dos du pied stimulé par le bord de la table provoque un mouvement de franchissement, teste spécifiquement la voie cortico-spinale.
Grasping palmaire et plantaire
La stimulation de la paume déclenche une flexion des doigts en agrippement. Le grasping plantaire se teste par pression sous les têtes métatarsiennes. Ces deux réflexes, cotés en force et en symétrie, renseignent sur la maturation des voies pyramidales.
Autres réflexes à documenter
Trois réflexes complémentaires enrichissent le bilan : le réflexe tonique asymétrique du cou (RTAC), dont la persistance au-delà de 6 mois perturbe le développement de la préhension volontaire ; le réflexe de Galant (incurvation latérale du tronc par stimulation paravertébrale), qui teste l’intégrité de la moelle thoraco-lombaire ; le réflexe de redressement global, qui évalue la chaîne posturale antigravitaire. Gosselin et Amiel-Tison (2007) recommandent de coter chacun de ces réflexes sur une échelle à trois niveaux : normal, atypique ou absent.
Tonus axial et segmentaire : repères d’évaluation
Le tonus du nouveau-né se divise en deux composantes distinctes dont l’évaluation simultanée conditionne la fiabilité du bilan neurologique en cabinet.
Tonus passif segmentaire
Le tonus passif s’évalue par la mobilisation lente des segments articulaires et la mesure des angles : angle poplité (normalement 80 à 100° à terme), angle de dorsiflexion du pied (0 à 20°), signe du foulard (le coude ne dépasse pas la ligne médiane). Dubowitz et al. (1999) ont standardisé ces mesures dans le Dubowitz Score, cotant chaque item de 0 à 5. Un score global inférieur à 30/34 chez un nouveau-né à terme signale une anomalie du tonus passif nécessitant une exploration complémentaire.
Tonus actif axial
Le tonus actif s’évalue par trois manœuvres cliniques : le tiré-assis (pull-to-sit), le redressement global et la suspension ventrale. Le tiré-assis teste le contrôle céphalique — le nourrisson à terme maintient la tête dans l’axe du tronc pendant 2 à 3 secondes avant de fléchir. Un déficit du contrôle céphalique avec un angle tête-tronc dépassant 45° évoque une hypotonie axiale centrale. La suspension ventrale (manœuvre de Landau) évalue le tonus des extenseurs du tronc : le nourrisson maintenu horizontalement face vers le sol doit garder la tête au-dessus du plan du dos pendant au minimum 5 secondes.
Pour l’ostéopathe, la distinction entre hypotonie d’origine centrale (axiale) et hypotonie périphérique (segmentaire) guide directement la conduite à tenir : la première impose une orientation neuropédiatrique, la seconde peut relever d’une dysfonction fonctionnelle traitable en cabinet.
Comment identifier les drapeaux rouges neurologiques chez le nouveau-né ?
Le screening neurologique en cabinet d’ostéopathie vise avant tout à identifier les signes d’alerte qui imposent une orientation médicale rapide. Selon l’étude de Romeo et al. (2016), une classification hiérarchisée par niveau d’urgence permet de structurer la conduite à tenir.
Drapeaux rouges imposant une orientation dans les 24 heures
- Convulsions cliniques : mouvements cloniques rythmiques, apnées avec désaturation, mouvements de pédalage stéréotypés.
- Hypertonie axiale permanente en opisthotonos, non modifiée par le changement de position ni l’état d’éveil.
- Absence bilatérale du réflexe de Moro chez un nouveau-né à terme.
- Fontanelle antérieure bombée et tendue en position verticale.
- Cri aigu monotone (cri cérébral) sans modulation, persistant malgré l’apaisement.
- Asymétrie permanente du tonus des quatre membres sans corrélation posturale.
Drapeaux orange nécessitant un avis médical sous 7 jours
- Réflexe de Moro asymétrique isolé sans cause mécanique identifiable.
- Tremblements fins des extrémités persistant au-delà de J10, non liés à l’état d’éveil ni à la faim.
- Hypotonie axiale modérée avec angle tête-tronc entre 30° et 45° au tiré-assis.
- Succion faible et désorganisée sans anomalie anatomique orale identifiable.
- Mouvements généraux pauvres ou monotones à l’observation de Prechtl (2001).
La documentation systématique de ces signes dans le dossier du patient permet au praticien de rédiger un courrier structuré au médecin traitant ou au pédiatre. En 2026, la coordination par courrier ou messagerie sécurisée (Mon Espace Santé en France) est la norme attendue par les tutelles pour toute détection de drapeau rouge en pratique complémentaire.
Outils d’évaluation standardisés applicables en cabinet
Trois outils validés scientifiquement sont directement utilisables en cabinet d’ostéopathie sans équipement spécifique. Leur maîtrise renforce la rigueur du bilan et la qualité des échanges avec les professionnels médicaux.
Examen d’Amiel-Tison
Développé par Claudine Amiel-Tison (2002), cet examen évalue 10 items regroupés en trois domaines : tonus passif, tonus actif et réflexes archaïques. Chaque item est coté de 0 (normal) à 2 (nettement anormal), avec un score total maximal de 20. Un score supérieur à 6 justifie une exploration neuropédiatrique. L’examen prend 15 à 20 minutes et se réalise idéalement en état d’éveil calme (stade 3 de Prechtl). La formation en ostéopathie pédiatrique à distance intègre la pratique de cet outil dans son module d’évaluation neuromotrice.
Score de Dubowitz
Le Dubowitz Score (Dubowitz, Dubowitz et Mercuri, 1999) couvre 34 items neurocomportementaux cotés de 0 à 5 : tonus, réflexes, comportement visuel et auditif, mouvements spontanés. Conçu initialement pour le prématuré, il est applicable au nouveau-né à terme avec une valeur prédictive positive de 78 % pour les séquelles neurodéveloppementales à 2 ans. Sa durée (30 à 45 minutes) le rend plus adapté à une consultation dédiée qu’à un screening de routine.
General Movements Assessment (GMA) de Prechtl
L’évaluation des mouvements généraux selon Prechtl (2001) repose sur l’observation vidéo du nourrisson en décubitus dorsal, sans stimulation, pendant 3 à 5 minutes. Les mouvements normaux (writhing movements avant 2 mois, fidgety movements entre 2 et 5 mois) sont complexes, variables et fluides. Des mouvements cramped-synchronized — simultanés, rigides, sans variation — prédisent une paralysie cérébrale avec une sensibilité de 95 %. L’ostéopathe formé à la GMA dispose d’un outil puissant de dépistage précoce, réalisable avec un simple smartphone et un plan stable.
| Outil | Nombre d’items | Durée | Sensibilité | Adapté au screening en cabinet |
|---|---|---|---|---|
| Amiel-Tison (2002) | 10 | 15-20 min | 85 % | Oui |
| Dubowitz Score (1999) | 34 | 30-45 min | 78 % (VPP) | Consultation dédiée |
| GMA Prechtl (2001) | Observation qualitative | 3-5 min vidéo | 95 % | Oui |
Limites de l’examen et orientation médicale
L’examen neurologique réalisé par l’ostéopathe en cabinet ne constitue pas un diagnostic neurologique au sens médical. Le décret du 12 décembre 2014 encadrant la profession d’ostéopathe stipule que le praticien doit orienter le patient vers un médecin lorsque les symptômes nécessitent un diagnostic ou un traitement médical. Cette obligation de moyens s’applique particulièrement en néonatologie, domaine où le retard diagnostique a des conséquences irréversibles.
D’après la recommandation du Collège de la HAS (2020), un examen neurologique médical systématique est recommandé à J8 et à M1 dans le cadre du suivi standard du nourrisson. L’ostéopathe complète ce maillage de surveillance mais ne s’y substitue pas. Trois situations cliniques illustrent cette complémentarité :
- Situation 1 : un nourrisson de 3 semaines consulte pour torticolis postural. Le screening retrouve un Moro symétrique, un tonus axial normal, des mouvements généraux riches et variés. L’ostéopathe procède au bilan tissulaire et au traitement de la dysfonction C0-C1 identifiée.
- Situation 2 : même motif, mais le tiré-assis révèle une hypotonie axiale franche avec angle tête-tronc à 50°. L’ostéopathe documente le signe, informe les parents et rédige un courrier au pédiatre dans les 24 heures.
- Situation 3 : un nourrisson de 6 semaines, adressé par la sage-femme pour troubles de la succion. Le grasping palmaire est absent bilatéralement, les mouvements généraux sont pauvres. L’ostéopathe oriente immédiatement vers le neuropédiatre.
La valeur ajoutée de l’ostéopathe réside dans sa capacité à détecter précocement des signes subtils lors de consultations qui ne sont pas spécifiquement neurologiques. Pour les praticiens souhaitant approfondir cette compétence, les ressources pédagogiques disponibles couvrent les protocoles d’orientation et la rédaction de courriers interprofessionnels.
Questions fréquentes
L’ostéopathe est-il habilité à réaliser un examen neurologique du nouveau-né ?
L’ostéopathe D.O. n’est pas habilité à poser un diagnostic neurologique au sens médical. En revanche, le décret du 12 décembre 2014 l’autorise — et l’oblige — à évaluer l’état de santé du patient avant toute prise en charge manuelle. Le screening neurologique fait partie de cette évaluation préalable. Le résultat ne se traduit pas par un diagnostic mais par une conduite à tenir : traiter, adapter ou orienter.
À quel âge le screening neurologique en cabinet est-il le plus pertinent ?
La fenêtre optimale se situe entre J3 et la 6e semaine de vie. Avant J3, l’adaptation néonatale (transition cardio-respiratoire, régulation thermique) peut fausser l’évaluation du tonus. Après 6 semaines, certains réflexes archaïques commencent à s’estomper physiologiquement. Prechtl (2001) recommande une première évaluation des mouvements généraux entre 1 et 4 semaines puis une seconde entre 9 et 15 semaines pour un dépistage complet.
Comment différencier un tremblement physiologique d’un tremblement pathologique chez le nouveau-né ?
Le tremblement physiologique est fin, rapide, déclenché par le froid, la faim ou les pleurs, et cesse immédiatement au réchauffement ou à la mise au sein. Le tremblement pathologique persiste quel que soit l’état d’éveil et s’accompagne souvent d’une hypertonie segmentaire. Romeo et al. (2016) précisent que tout tremblement persistant au-delà de J10 sans facteur déclenchant identifiable justifie un bilan biologique (glycémie, calcémie) et une consultation neuropédiatrique.
Quelle formation permet de maîtriser l’examen neurologique du nouveau-né en contexte ostéopathique ?
La formation initiale en ostéopathie aborde l’examen neurologique de façon générale. Pour une pratique pédiatrique régulière, une formation post-diplôme spécialisée est recommandée. Ces cursus couvrent la neurophysiologie du développement, les protocoles standardisés (Amiel-Tison, Dubowitz, Prechtl), l’analyse vidéo des mouvements généraux et la gestion des drapeaux rouges. La formation en ostéopathie pédiatrique à distance propose un module dédié à l’évaluation neuromotrice du nourrisson.
L’examen neurologique modifie-t-il la prise en charge ostéopathique du nourrisson ?
Oui, directement. Un screening normal autorise le praticien à procéder au bilan tissulaire et au traitement des dysfonctions identifiées. Un screening retrouvant des drapeaux orange conduit à adapter la séance : traiter les restrictions fonctionnelles tout en adressant un courrier au médecin. Un screening retrouvant des drapeaux rouges impose de suspendre toute approche manuelle et d’orienter en urgence. Cette hiérarchisation protège le nourrisson et sécurise la pratique du praticien.

25 ans de pratique clinique en ostéopathie, dont 10 ans de recherche spécialisée en ostéopathie pédiatrique. Formateur certifié Qualiopi. Fondateur de Baby Santé Formations, organisme de formation continue dédié aux professionnels de santé exerçant auprès des nourrissons et de la petite enfance (ostéopathes, sages-femmes, kinésithérapeutes pédiatriques, puéricultrices).





